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dimanche 11 novembre 2012

"L'énigme du retour" de Dany Laferrière

Éditions : Boréal, 2009
296 pages


Pourquoi avoir lu ce livre ?
J'ai pris ce livre à un vente des bibliothèques de Montréal pour les deux simples et bonnes raisons suivantes : Il était à 1$ et je voulais donner une dernière chance à Dany Laferrière. 
J'ai lu 2 livres de Dany Laferrière et j'avais décidé de jeter l'éponge. Dans "Je suis un écrivain japonais" et "Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer", j'ai détesté la lourdeur des plaisirs de la chair; comme si l'auteur était obsédé. Pour moi, cela ne menait nulle part et ces livres ne m'ont absolument pas intéressé.
Là, on ne parle pas de roman mais plutôt d'un récit autobiographique lors du retour de l'auteur dans son pays d'origine. J'ai voulu essayer pour voir si je me réconciliais avec Dany Laferrière (qui, soit-dit en passant, est presque mon voisin de quartier et que je croise régulièrement dans la rue).


Pour ceux qui, contrairement à moi, aiment lire la quatrième de couverture :
Un matin, on téléphone à l'écrivain : son père vient de mourir. Son père qui, dans un parallèle saisissant, avait été exilé d'Haïti par le dictateur Papa Doc, comme lui, des années plus tard, l'avait été par son fils, le non moins dictatorial Bébé Doc. C'est l'occasion pour le narrateur d'un voyage initiatique à rebours. Il part d'abord vers le Nord, comme s'il voulait paradoxalement fuir son passé, puis gagne Haïti pour les funérailles de son père. Accompagné d'un neveu - qui porte le même nom que lui -, il parcourt son île natale...

Ce que j'en ai pensé :
Le début du livre est déstabilisant .. Comme tu le sais, cher toi, je ne lis jamais les 4ème de couverture et donc je ne connaissais pas le style d'écriture. J'ai été étonnée, donc, de lire des poèmes, des haïku pour être plus précise, puis, plus tard, on passe à de la narration pure et dure et ensuite on alterne entre les deux styles. Je ne suis pas une fan de lecture de poésies/poèmes mais pour le coup, ces vers m'ont interpellée et m'ont vraiment plu.
J'ai été touchée par le cheminement du narrateur qui va à New-York où son père est décédé puis qui retourne en Haïti pour voir sa mère et sa famille restées là-bas. Je suis toujours sensible aux questions d'identité/de perte d'identité/de double identité, des exilés/immigrés/émigrés et ce livre soulève pleins de sentiments mixtes de retour aux racines et d'éloignement des sources.
J'ai beaucoup aimé aussi avoir l'impression de sentir les odeurs de Haïti, voir les couleurs éclatantes, entendre les sonorités, l'accent, les chants. Je trouve que l'auteur a su bien traduire l'ambiance dans laquelle il a pu baigner lors de son séjour. Certes, il faudrait y être ou y être allé pour que cela fasse écho... il n'en reste pas moins qu'il arrive à nous donner envie de visiter, même si Haïti n'est jamais dans les brochures de voyages idylliques (surtout après toutes ces catastrophes naturelles, la criminalité, la drogue, la pauvreté ...)
J'ai aimé les références à Césaire, aux bandits de Port-Au-Prince.
J'ai aimé la façon dont est décrit le décalage entre le narrateur et sa famille : sa mère, sa soeur, son neveu qui suit les traces de cet oncle avant qu'il ne quitte le pays. J'ai aimé le regard de celui qui retourne et voit comment certaines choses sont restées identiques et comment d'autres n'ont pas changé.
Enfin, j'ai aimé sentir comment le narrateur cherche et trouve des réponses en côtoyant les anciens amis de son père, ceux qui vont aider à tracer le portrait à ce fils qui a perdu son père alors qu'il n'avait que 4 ans.

Verdict :
Pas de déception cette fois-ci. Avec ce style d'écriture, je comprends pourquoi tant de personnes aiment Dany Laferrière. Et moi, je me dis que je ne m'attarderai qu'à ce genre de récits et je vais possiblement continuer à éviter les romans trop basés sur les plaisirs charnels.

Note : 7.5/10